TEMPS DE GUERRE par Christian Caujolle 
C’est en situation de guerre, dans sa tension, sous le soleil de Mosul, au Kurdistan Irakien qu’Edouard Beau s’est, un temps, presque transformé en photographe de guerre. Presque parce que ce jeune photographe qui avait déjà rejoint cette zone pour tenter de comprendre ce que fuyaient et pourquoi partaient des hommes qu’il avait rencontrés à Paris où ils vivaient dans un square du dixième arrondissement n’a pas besoin d’étiquette.
Il a suivi ces hommes qui sont entrés dans l’armée de métier pour nourrir leur famille et qui patrouillent, sachant que le risque est partout, à la recherche de suspects ou d’armes, qu’en fin de compte ils ne trouveront pas. Vivant avec eux, proche, il est finalement comme eux : il ne comprend pas davantage la situation, ni ce qu’il cherche, ni ce qu’ils veulent trouver.
A cette incompréhension répond celle de la population civile, d’un gamin que l’on interroge en vain, de jeunes gens pris en otage, assis sous le soleil brûlant, de ces femmes qui crient après ces hommes en arme qui envahissent leur maison, de ce vieillard qui lève les bras et marche vers on ne sait où. C’est la guerre, certes et c’est parfaitement dérisoire. Violent et d’une violence inacceptable parce qu’elle n’a aucun sens
pour qui que ce soit dans cette population. Pour le photographe non plus, d’ailleurs, qui ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit, qui avoue simplement qu’il ne sait rien, que la photographie qu’il livre n’est en aucun cas une preuve, plutôt un mixte de ce qu’il voit et ne peut décrypter et de ce qu’il ressent en tant qu’homme.
Edouard Beau est un photographe aussi imprévisible que déterminé, aussi libre qu’il assume ses doutes. Il l’a montré de façon magistrale dans le documentaire qu’il a consacré à la même situation et qui a été maintes fois primé et remarqué. Cette forme d’engagement qui place l’homme – y compris dans les situations les plus critiques et les moins humaines – au coeur du propos s’inscrit dans une tradition dont Edouard Beau cultive la forme en se l’appropriant sans la sacraliser. S’il est un indéniable cadreur, sa manière d’installer dans le rectangle les personnages, apparemment simple, fait preuve d’une rare justesse dans la distance aux faits et aux individus. Cela lui offre aussi la possibilité et la liberté de passer avec fluidité de la couleur au noir et blanc, de la géométrie au bougé, d’une manière de portrait en situation à un moment d’action intense sans qu’apparaisse aucune contradiction.
Dans cette manière de dire simplement « J’étais là, c’est ce que j’ai vu » et d’ajouter en contrepoint « n’en tirez aucune conclusion » il y a une forme de responsabilité qui revendique une photographie adulte. Et parfaitement indépendante.

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